Bon, bon, bon.
Disons en premier lieu que Bixi Poésie prend acte de l’opération « Mea Culpa au carré » de Bixi Montréal qui contraste avec sa première réaction intempestive à l’endroit de notre action d’embellissement de l’espace public.
Comme le disait Jean-Jacques Rousseau, « Si c’est la raison qui fait l’homme, c’est le sentiment qui le conduit. ». Et Dieu sait si le sentiment vous avait initialement mal conduit ! Heureusement, une multitude de personnes vous ont rappelé à la raison, celle des médias sociaux et du pouvoir citoyen. Bienvenue au XXIe siècle et content d’avoir contribué à votre mise à jour !
Il nous fait donc plaisir de nous inviter nous-mêmes à cette table de négociation. En espérant bien naïvement que votre entêtement ne soit pas à la mesure de celui du gouvernement Charest. Et puisque cette position est à faire rougir d’envie le mouvement étudiant, nous allons nous efforcer de mettre sur la table le plus simplement et le plus directement possible nos revendications.
Nous, ainsi qu’une écrasante majorité de citoyen-nes (confirmée par les commentaires laissés sur votre page Facebook) ne voulons plus de publicité sur les Bixis et leurs supports. Le savoir et la beauté ne se monnaient pas. L’intérêt commun doit toujours passer avant l’intérêt particulier et une société qui s’enferme dans une logique marchande pour justifier un écart à ce principe est une société à la dérive.
Nous trouvons malheureux que la SVLS s’enlise dans un vernis de rationalisation comptable à la petite semaine dont personne n’est dupe. Il faudrait d’abord avoir minimalement accès à l’ensemble de vos états financiers pour juger de la justesse des chiffres que vous nous assénez comme des vérités. Il y a de toute façon un problème plus vaste que l’on doit considérer pour sortir des ornières à l’intérieur desquelles il est si facile de lancer des menaces apparemment inéluctables. Du genre : le prix d’utilisation va augmenter ou les services vont s’en ressentir. Dictats de la logique marchande trop souvent entendus.
Soyons clairs : Nous sommes pour les Bixis. Le concept de vélos en libre service est un moyen formidable de se déplacer en ville. La question n’est pas là. Ce qui nous horripile, c’est l’obligation d’être quotidiennement exposés à cette pollution visuelle et mentale que constituent les logos de banques ou de multinationales. Les mêmes qui mettent en lock-out des centaines de travailleurs pour satisfaire les exigences de leurs actionnaires. Les mêmes qui, c’est de notoriété publique, volent l’État de milliards de dollars de revenus grâce aux abris fiscaux, et ce, avec la bénédiction du gouvernement en place. Ce même gouvernement (et nous vous faisons grâce ici des accusations de corruption qui pèsent en plus contre lui) qui vient ensuite nous dire qu’il n’a pas les fonds nécessaires pour financer un système de vélo en libre service dans sa métropole ou encore un système d’éducation gratuit et accessible à tous.
Commencez-vous à comprendre l’ampleur de notre colère ?
Lorsque vous nous répondez à coup de justificatifs à la petite semaine truffés d’omissions et de contradictions, nous pensons que vous ne comprenez pas encore.
Omission d’abord. Suite à notre action, pourquoi ne pas avoir d’abord demandé à vos commanditaires s’ils vous obligeaient à respecter votre contrat avec eux, ou bien s’ils n’étaient pas d’accord avec l’action et étaient prêts à laisser faire ? Vous n’avez probablement pas osé, le milieu des affaires ne parlant que le langage de l’argent, c’est bien connu. Mais admettons que vous l’ayez fait, cela voudrait dire que tous ont refusé. Cela ne serait pas étonnant de la part de Rio Tinto ou de Telus, mais décevant de Desjardins. La « coopérative » québécoise n’avait-elle pas admis l’an passé, suite à une vague d’auto-collants contre la marchandisation de l’espace public qui avait déjà ciblé la pub sur les ailes des Bixis, qu’ils auraient pu se montrer sur les vélos « d’une façon un peu plus discrète » ? Pourquoi avoir négligé cette ouverture ? Nos citations sur des collants verts auraient alors pu continuer à embellir la ville durant tout l’été.
Contradiction ensuite. Comme entourloupette finale, vous appelez les gens à vous soumettre leurs citations préférées et vous dites qu’un « comité à l’interne » trouvera un moyen original de les réutiliser. Quelle farce ! Comment voulez-vous que les gens vous soumettent des phrases qu’ils sont sensés voir sur les Bixis alors que dès la première journée suivant leur pose, vous vous êtes employés, avec un zèle hors du commun, à les arracher ?!!
Tout comme vous, nous sommes bons joueurs. Donc, avant que vous n’éclipsiez complètement tant d’intelligence par les vulgaires logos de vos tyranies privées, nous nous sommes appliqués à en dénicher quelques-uns qui, comme par hasard, répondent ci-bas point par point aux allégations de votre communiqué.
Considérez-les comme nos modestes soumissions à votre proposition…
BixiPoésie
- 30 -
Voici donc le Mea Culpa au carré de BixiMontreal, agrémenté de nos réponses point par point…
Tout en poésie, bien entendu !
Bon OK.
Peut-être qu’on a réagi un peu vite… mais quand même, je dois admettre que c’était
bien fait, que la réalisation était soignée, le « match des couleurs » réussi et les
citations bien choisies.
« Quand l’injustice devient loi, la résistance devient un devoir. »
Thomas Jefferson
Personnellement, j’ai bien aimé une citation de Cocteau et une de Boris Vian mais je
n’ai pas vu de Gainsbourg mais on me dit qu’il y en avait. Chapeau pour
l’organisation puisque pratiquement tous les vélos ont été tagués en moins de 24h.
Belle opération.
« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. »
Mark Twain
Certains ont même suggéré l’idée de les garder en permanence. Est-ce une bonne idée
? Peut-être, mais ce n’est pas réaliste.
« Soyons réalistes, exigeons l’impossible. »
Ernesto Che Guevara
L’investissement de nos commanditaires représente plus de 30 % de nos revenus
d’opération et permet de maintenir un coût abordable pour les utilisateurs. Il est
certain que sans la participation des commanditaires, il y aurait un impact au
niveau du prix d’abonnement et d’utilisation.
Rappelons que BIXI ne bénéficie pas de budgets colossaux comme ceux du Vélib qui est
financé par JC Decaux (le 3e afficheur mondial) en échange du monopole de
l’affichage commercial de la Ville de Paris.
«Les baveux du million mal acquis
les éjarrés de la vente au plus offrant »
Gérald Godin
BIXI est financé par vos abonnements, l’utilisation occasionnelle et la contribution
des commanditaires. La location des espaces publicitaires aux stations rapporte
moins de 150 000 $.
Malheureusement, vous comprendrez que par respect pour nos commanditaires, nous
devrons les retirer.
« La publicité est la dictature invisible de notre société. »
Jacques Ellul
Il faut réaliser que l’investissement en temps que nous consacrerons à enlever les
auto-collants nous empêche de consacrer notre temps là où c’est important pour vous
offrir un meilleur service: c’est-à-dire à l’entretien des vélos et à la
redistribution.
« Au ciel de qui se moque-t-on? »
Georges Brassens
Comme il faut être bon joueur, soumettez-nous vos citations préférées, nous ferons
un comité à l’interne et nous vous les soumettrons au vote. Nous trouverons un moyen
original de les réutiliser.
« La poésie est une arme chargée d’avenir. »
Gabriel Celaya
(mp)
( BixiPoésie )