BixiPoésie, dévoilé!

«Le monde est agrandi de nos espoirs, de nos paroles, de nos actions.»
Gaston Miron

Puisque ce monde où nous sommes pour le moment préfère effacer l’histoire d’un acte poétique au grattoir et se réfugier derrière les calculs, nous vous laissons, à titre de révérence, l’intégrale de BixiPoésie. Ces mots qui n’ont demandés qu’à être libres de s’épanouir dans la ville vous appartiennent. Nous vous remettons les clés, en libre service.

«Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce.»
August Spies

BixiPoésie est l’oeuvre d’un collectif d’hommes et de femmes. Étudiants, travailleurs, artistes, activistes… Des hommes et des femmes qui rêvent d’un monde où l’art et la culture circulent librement dans nos rues. Où nos esprits ne sont plus englués dans la logique du plus fort et la raison économique. Où l’espace public appartient aux citoyens, plutôt qu’aux corporations.

Merci infiniment de nous traiter d’utopistes !

BixiPoésie

«Je ne serai jamais rien. Cela dit, je porte en moi tous les rêves du monde.»
Fernando Pessoa

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Réponse au «Mea Culpa» officiel de Bixi

Bon, bon, bon.

Disons en premier lieu que Bixi Poésie prend acte de l’opération « Mea Culpa au carré » de Bixi Montréal qui contraste avec sa première réaction intempestive à l’endroit de notre action d’embellissement de l’espace public.

Comme le disait Jean-Jacques Rousseau, « Si c’est la raison qui fait l’homme, c’est le sentiment qui le conduit. ». Et Dieu sait si le sentiment vous avait initialement mal conduit ! Heureusement, une multitude de personnes vous ont rappelé à la raison, celle des médias sociaux et du pouvoir citoyen. Bienvenue au XXIe siècle et content d’avoir contribué à votre mise à jour !

Il nous fait donc plaisir de nous inviter nous-mêmes à cette table de négociation. En espérant bien naïvement que votre entêtement ne soit pas à la mesure de celui du gouvernement Charest. Et puisque cette position est à faire rougir d’envie le mouvement étudiant, nous allons nous efforcer de mettre sur la table le plus simplement et le plus directement possible nos revendications.

Nous, ainsi qu’une écrasante majorité de citoyen-nes (confirmée par les commentaires laissés sur votre page Facebook) ne voulons plus de publicité sur les Bixis et leurs supports. Le savoir et la beauté ne se monnaient pas. L’intérêt commun doit toujours passer avant l’intérêt particulier et une société qui s’enferme dans une logique marchande pour justifier un écart à ce principe est une société à la dérive.

Nous trouvons malheureux que la SVLS s’enlise dans un vernis de rationalisation comptable à la petite semaine dont personne n’est dupe. Il faudrait d’abord avoir minimalement accès à l’ensemble de vos états financiers pour juger de la justesse des chiffres que vous nous assénez comme des vérités. Il y a de toute façon un problème plus vaste que l’on doit considérer pour sortir des ornières à l’intérieur desquelles il est si facile de lancer des menaces apparemment inéluctables. Du genre : le prix d’utilisation va augmenter ou les services vont s’en ressentir. Dictats de la logique marchande trop souvent entendus.

Soyons clairs : Nous sommes pour les Bixis. Le concept de vélos en libre service est un moyen formidable de se déplacer en ville. La question n’est pas là. Ce qui nous horripile, c’est l’obligation d’être quotidiennement exposés à cette pollution visuelle et mentale que constituent les logos de banques ou de multinationales. Les mêmes qui mettent en lock-out des centaines de travailleurs pour satisfaire les exigences de leurs actionnaires. Les mêmes qui, c’est de notoriété publique, volent l’État de milliards de dollars de revenus grâce aux abris fiscaux, et ce, avec la bénédiction du gouvernement en place. Ce même gouvernement (et nous vous faisons grâce ici des accusations de corruption qui pèsent en plus contre lui) qui vient ensuite nous dire qu’il n’a pas les fonds nécessaires pour financer un système de vélo en libre service dans sa métropole ou encore un système d’éducation gratuit et accessible à tous.

Commencez-vous à comprendre l’ampleur de notre colère ?

Lorsque vous nous répondez à coup de justificatifs à la petite semaine truffés d’omissions et de contradictions, nous pensons que vous ne comprenez pas encore.

Omission d’abord. Suite à notre action, pourquoi ne pas avoir d’abord demandé à vos commanditaires s’ils vous obligeaient à respecter votre contrat avec eux, ou bien s’ils n’étaient pas d’accord avec l’action et étaient prêts à laisser faire ? Vous n’avez probablement pas osé, le milieu des affaires ne parlant que le langage de l’argent, c’est bien connu. Mais admettons que vous l’ayez fait, cela voudrait dire que tous ont refusé. Cela ne serait pas étonnant de la part de Rio Tinto ou de Telus, mais décevant de Desjardins. La « coopérative » québécoise n’avait-elle pas admis l’an passé, suite à une vague d’auto-collants contre la marchandisation de l’espace public qui avait déjà ciblé la pub sur les ailes des Bixis, qu’ils auraient pu se montrer sur les vélos « d’une façon un peu plus discrète » ? Pourquoi avoir négligé cette ouverture ? Nos citations sur des collants verts auraient alors pu continuer à embellir la ville durant tout l’été.

Contradiction ensuite. Comme entourloupette finale, vous appelez les gens à vous soumettre leurs citations préférées et vous dites qu’un « comité à l’interne » trouvera un moyen original de les réutiliser. Quelle farce ! Comment voulez-vous que les gens vous soumettent des phrases qu’ils sont sensés voir sur les Bixis alors que dès la première journée suivant leur pose, vous vous êtes employés, avec un zèle hors du commun, à les arracher ?!!

Tout comme vous, nous sommes bons joueurs. Donc, avant que vous n’éclipsiez complètement tant d’intelligence par les vulgaires logos de vos tyranies privées, nous nous sommes appliqués à en dénicher quelques-uns qui, comme par hasard, répondent ci-bas point par point aux allégations de votre communiqué.

Considérez-les comme nos modestes soumissions à votre proposition…

BixiPoésie

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Voici donc le Mea Culpa au carré de BixiMontreal, agrémenté de nos réponses point par point…
Tout en poésie, bien entendu !

 

Bon OK.

Peut-être qu’on a réagi un peu vite… mais quand même, je dois admettre que c’était
bien fait, que la réalisation était soignée, le « match des couleurs » réussi et les
citations bien choisies.

« Quand l’injustice devient loi, la résistance devient un devoir. »
Thomas Jefferson

Personnellement, j’ai bien aimé une citation de Cocteau et une de Boris Vian mais je
n’ai pas vu de Gainsbourg mais on me dit qu’il y en avait. Chapeau pour
l’organisation puisque pratiquement tous les vélos ont été tagués en moins de 24h.

Belle opération.

« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. »
Mark Twain

Certains ont même suggéré l’idée de les garder en permanence. Est-ce une bonne idée
? Peut-être, mais ce n’est pas réaliste.

« Soyons réalistes, exigeons l’impossible. »
Ernesto Che Guevara

L’investissement de nos commanditaires représente plus de 30 % de nos revenus
d’opération et permet de maintenir un coût abordable pour les utilisateurs. Il est
certain que sans la participation des commanditaires, il y aurait un impact au
niveau du prix d’abonnement et d’utilisation.

Rappelons que BIXI ne bénéficie pas de budgets colossaux comme ceux du Vélib qui est
financé par JC Decaux (le 3e afficheur mondial) en échange du monopole de
l’affichage commercial de la Ville de Paris.

«Les baveux du million mal acquis
les éjarrés de la vente au plus offrant »
Gérald Godin

BIXI est financé par vos abonnements, l’utilisation occasionnelle et la contribution
des commanditaires. La location des espaces publicitaires aux stations rapporte
moins de 150 000 $.

Malheureusement, vous comprendrez que par respect pour nos commanditaires, nous
devrons les retirer.

« La publicité est la dictature invisible de notre société. »
Jacques Ellul

Il faut réaliser que l’investissement en temps que nous consacrerons à enlever les
auto-collants nous empêche de consacrer notre temps là où c’est important pour vous
offrir un meilleur service: c’est-à-dire à l’entretien des vélos et à la
redistribution.

« Au ciel de qui se moque-t-on? »
Georges Brassens

Comme il faut être bon joueur, soumettez-nous vos citations préférées, nous ferons
un comité à l’interne et nous vous les soumettrons au vote. Nous trouverons un moyen
original de les réutiliser.

« La poésie est une arme chargée d’avenir. »
Gabriel Celaya

(mp)

( BixiPoésie )

Opération Mea culpa
La poésie remplace la publicité sur les BIXI

La Société de vélo en libre service (SVLS) est fière d’annoncer sa décision de retirer les publicités sur les BIXI et de les remplacer par plus de 500 extraits DIFFÉRENTS de poèmes, de chansons, de romans, d’essais, etc. C’est suite à une longue réflexion déclenchée par le tollé qu’avait suscité il y a deux ans l’ajout de pubs sur les ailes des vélos que la SVLS a pris cette décision importante.

Dans le contexte actuel où sévit une alarmante marchandisation de l’espace public (incluant nos universités), et considérant les faibles revenus générés par cette publicité (autour de 2 millions de dollars en 2011, alors que le budget 2012 prévoit des revenus de plus de 91 millions), il devenait difficile pour la SVLS de justifier la publicité sur les BIXI. « On s’est vite aperçus, par l’avalanche de commentaires ulcérés reçus des utilisateurs, qu’on avait fait une erreur. Il y a quand même des limites à prendre les citoyens pour des hommes-sandwichs ! », a admis un cadre de l’entreprise, sous le couvert de l’anonymat.

En nommant cette opération Mea culpa, la SVLS fait non seulement un volte-face courageux, mais veut aller encore plus loin en inscrivant sa saison 2012 dans la mouvance sociale actuelle. En effet, comme l’a déclaré en conférence de presse ce matin le directeur adjoint des communications : « En l’absence d’une réelle volonté du gouvernement Charest de rendre le savoir accessible à tous, on s’est dit qu’on allait faire notre part. À défaut d’être véhiculé dans les cégeps et dans les universités, le savoir va donc circuler librement dans les rues, sur les BIXI ! ». Cette déclaration a été saluée par les trois principales organisations étudiantes, la FECQ, la FEUQ et la CLASSE, cette dernière ayant souligné le caractère non-violent de la décision.

Décision qui a d’ailleurs été d’autant plus facile à prendre que la Société de vélo en libre-service annonce des profits de dix millions dans son budget 2012, et que ses activités à Montréal, déficitaires depuis leurs débuts, seront rentables pour la première fois cette année. « Dans ces circonstances, il nous apparaissait un peu gênant de ne pas contribuer minimalement à la grève étudiante, d’autant plus que bon nombre de nos clients sont justement des étudiants et des étudiantes surendetté-e-s. », déclare la SVSL.

D’ailleurs, la lutte contre l’augmentation des frais de scolarité étant en train de devenir un enjeu mondial, BIXI étudie présentement la possibilité d’étendre l’opération Mea culpa à d’autres grandes villes qui ont acheté des BIXI, notamment New York, où les premiers vélos seront livrés cet été.

Appelé à commenter la situation, le maire Gérald Tremblay a déclaré : « Je n’étais pas au courant… Mais, de toute évidence, Bixi a pris la bonne décision. C’est l’image de marque de Montréal, ternie par certains dérapages policiers récents, qui se trouve ainsi rehaussée par tant d’intelligence qui circule dans nos rues ! ». L’administration Tremblay en a profité pour critiquer le gouvernement Charest qui veut l’obliger à vendre la division internationale de BIXI, ce qui pourrait sonner le glas des vélos en libre service à Montréal. « Le premier ministre change les lois pour accommoder Quebecor et son amphithéâtre à Québec, mais il fait la sourde oreille quand il est question de l’intérêt collectif. On le voit avec l’éducation, et maintenant avec BIXI. Nous, on veut poursuivre l’aventure de ce service public, d’autant plus cohérent sans publicité ! », a ajouté le maire, visiblement excité.

Du côté des commanditaires, bien qu’on se dise évidemment déçus de ce revirement de situation, on accepte la décision avec philosophie, inspirés en cela par les nombreux aphorismes apposés sur les vélos. Assimilées à du « greenwashing » par la population, ces pubs étaient de toute façon si mal accueillies qu’elles devenaient illisibles au cours de l’été à cause des graffitis.

Dans l’ensemble, l’opération Mea culpa est donc très bien accueillie, en particulier par les employé-e-s, qui non seulement auront la chance de parfaire leur culture personnelle tout en transportant les vélos, mais participeront par le fait même à un mouvement social historique. « Je redécouvre chaque jour le plaisir d’apprendre et la beauté de la poésie, et ce gratuitement, dans la rue, grâce à BIXI ! », de conclure l’ex-responsable des contrats publicitaires de la SVLS.

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